Le mot terminal est bien moins anodin que toutes les estimations chiffrées qui suivent : l'intelligence est en phase terminale.

Il est une question quant à l’organisation de notre monde qui me laisse absolument perplexe. Qui est-ce qui décide les normes de sécurité dans les aéroports ? Et comment les définit-il ?

Peut-être faites-vous partie de la catégorie des gens trop pauvres pour prendre l’avion, auquel cas, il me faut vous expliquer clairement de quoi il retourne.

Contrairement à tous les autres transports (train, bus, voiture, bateau, Ariane 5, stargate), les passagers des avions sont contraints de présenter à des cerbères, dont le regard est une insulte à l’intelligence humaine, le contenu de leurs bagages. Dans un certain nombre de cas (assez rares, je vous l’accorde), les sacs sont simplement observés au rayon X. Le système est assez ingénieux, car les divers objets contenus dans votre valise sont coloriés en couleurs flashys. Je ne sais pas comment ça marche, mais je trouve ça cool.

Je tiens à préciser que les plus farceurs des voyageurs (ou les plus distraits) n’ont qu’à bien se tenir : avant la fouille, des panneaux indiquent que les flingues, coutelas et autres bombes atomiques ne sont pas autorisés dans un avion. Les terroristes de tout poil seront prévenus ! L’honnête citoyen, lui, pense qu’avec son shampoing, son ice tea, et son produit pour les lentilles, il peut passer sans problème.

Grossière erreur !

 

Les playmobil se plient aussi à la règle : ils ne sont pas sûrs d'être autorisés à prendre l'avion.

En effet, ces derniers ne sont pas non plus autorisés dans l’avion. Pourquoi ? C’est bien là toute la question.

Il faut dire que pour le shampoing, mon correspondant sur place avait fait fort. Si l’on parle de calvitie naissance quand le front commence à se dégarnir, sa calvitie serait une calvitie mourante. La lotion pour les cheveux, même s’il était indiqué « anti-chute », ne pouvait pas passer.

Myope comme une taupe, je suis dans l’incapacité de distinguer mes ongles quand j’étends mon bras. Le port de lentilles, pour ne pas paraître ridicule en société, est par conséquemment recommandé. Du coup, qui dit lentille dit produit pour lentilles. Sauf que les vigiles lobotomisés ne l’entendent pas de cette oreille. Que vous soyez incapable de traverser une rue sans vous mettre en danger dépasse de loin leurs compétences intellectuelles. C’est une bouteille, donc, c’est une arme. Ils ont raison, des fois qu’on utilise le produit pour lentilles pour, par exemple... mettre des lentilles. Mieux vaut éviter tout grabuge en supprimant cet objet potentiellement mortel. Je n’ose imaginer les difficultés qu’ont les gens qui se font opérer leur défaut visuel.

Pour les boissons variées, les normes de sécurités sont bien plus cocasses.

Toute soif sera strictement interdite. Si jamais vous désirez entrer dans un avion avec quelque chose à boire, il faut le boire avant. Cul sec, s’il vous plait ! La mésaventure m’est arrivée. J’avais acheté dans le commerce une petite bouteille pour me désaltérer en regardant les nuages d’en haut. Je précise qu’elle était scellée. Ben, j’ai dû la boire entièrement. Évidemment, comme cela ne suffisait pas, il a fallu que je reprenne mes affaires, que j’aille à l’autre bout de la queue, que je boive, puis que je refasse le même circuit, justifiant pour la deuxième fois la présence inopportune de produit pour lentilles dans mes bagages (et optionnellement de lentilles sur mes yeux). J’ai connu des poissons rouges avec une plus grande mémoire.

 

Portrait robot du terroriste.

J’étais enfin passé. Hé bien, vous me croyez ou non : dans la salle des pas perdus, des distributeurs proposaient sans se cacher des bouteilles d'ice tea. Je me demande si je n’avais pas mieux fait de les dénoncer, ces terroristes à la solde de Coca-Cola. On ne sait jamais, des fois qu’un malade achète un coca, puis menace des hôtesses d’y plonger un menthos dedans. On n’est jamais trop prudent.

Bien sûr, si les bagages sont inspectés, les voyageurs aussi.

Trois étapes sont nécessaires : passer un portique subir les avances homosexuelles d’un gorille en rute, et supporter le passage d’un détecteur de métaux qui serait bien plus utile sur une plage à chercher les pièces.

Ca va sans dire, mais ça va mieux en le disant, l’ensemble des passagers est contraint d’enlever toutes pièces métalliques susceptibles de fausser le résultat. Les poches seront vidées, piercing, boucles d’oreilles, dentier, bijoux, prothèses, pacemaker doivent être enlevés. Je ne vous dis pas comment les gothiques galèrent

tout un chacun se retrouve donc avec la même mine penaude, une main occupée à tenir le pantalon, de peur que celui-ci ne révèle le caleçon blanc pas frais, ou le string léopard. Le seul espoir qui reste, c’est que les gardes ne demandent pas, pendant la fouille au corps, d’écarter les bras, et donc de se défroquer. Ce qui arrive, forcément.

Je précise ici que toutes ces promiscuités testostéronées ont la fâcheuse tendance à m’honorer d’une formidable érection. Ma plus grande crainte, étant, à ce moment précis, que le membre concerné soit pris pour une matraque, une batte, ou pire, une bouteille.

Alors, pour ignorer la palpation, il me prend de regarder au loin. Souvent, trop souvent, je croise des gens qui font peur. Non pas des barbus en djellaba, mais des individus au crâne rasé, avec un magnifique rouge béret qui tient en équilibre précaire entre l’oreille et la joue, le regard vide, et une très belle tenue de camouflage, vert caca d’oie.

 

Comment ils ont passé le portique ?!

Je vais poser une question bête, mais le camouflage forêt, dans un aéroport aux murs blancs et aux bancs métallisés, comment ça marche ? Non, je suis curieux. Les soldats, ils croient vraiment être cachés dans leur combinaison ? Qu’est-ce qui se passe dans leur tête : ils pensent qu’ils vont prendre le terroriste par surprise ? Dans ce cas, pourquoi est-ce qu’ils ne rampent pas par terre non plus, comme en pleine mission d’infiltration. Est-ce que c’est le chef de brigade qui leur donne le dress-code du jour : « Bon, les gars, aujourd’hui, la mission sera dans un aéroport. Je veux de la discrétion ! »

Mais le plus curieux, c’est qu’eux, ils ont réussi à passer le portique avec une arme. Et attention, pas le petit joujou. Le gros famas, rien que ça ! Comment ils ont fait pour passer sans sonner ?

 

Mais que cache une femme enceinte dans son ventre ? Peut-elle prendre l'avion, ou doit-elle laisser son bébé avant de passer le portique ?

Vous croyez avoir fini avec les règlements à la con ? Point du tout. Car dans l’avion, ça continue. L’innocent voyageur est obligé de supporter l’affligeante chorégraphie des hôtesses, puis, lui est interdit d’utiliser son portable. La question a déjà été posée, mais je la repose : pourquoi interdire le portable ? On risque de contrôler l’avion avec les flèches haut et bas ? Je n’ai jamais entendu parler d’accident d’avion parce qu’un passager n’avait pas éteint son téléphone. Peut-être existe-t-il une application pour détourner les Airbus et Boeing ?

Le principe doit être sensiblement le même que celui des serviettes disposées à égale distance sur une table : il faut éteindre les téléphones pour éviter les attaques de soucoupes volantes. Et s’il n’y a pas de soucoupes volantes, c’est la preuve que la mesure fonctionne.

Pareil pour les ceintures. Si elles se justifient en voiture, je préciserais qu’elles sont absentes dans le train. Je n’ai pas souvenir avoir entendu dire que des passagers ont été sauvés dans le crash contre les deux tours parce qu’ils étaient attachés. Si tel est cependant le cas, pourquoi ne pas mettre des air-bags dans les avions ? Des fois qu’on percute une tour.

Maintenant, réfléchissons ensemble. Toutes ces normes ne peuvent pas être dues au hasard. Il a bien dû y avoir un bureau d’étude dans quelque mégalopole pour trouver un nombre si conséquent de normes à respecter.

Sans doute étaient-ils tous réunis autour d’une table massive, et ont passé en revue l’ensemble des objets possibles et imaginables.

Commençons simplement, voulez-vous :

Une plume. Est-ce dangereux ?

La réponse est oui, très certainement ! Et ce pour deux raisons. Premièrement elle a un bout qui pique, ce qui constitue une arme de première catégorie. Deuxièmement, l’autre côté peut très bien servir pour les prises d’otage et les séances de torture : il suffit de l’utiliser pour chatouiller les naseaux du pilote, et l’avion est perdu. Ne cherchez même pas à les mettre dans un sac, parce qu’il y a de fortes chances à ce que ce soit pris pour un oreiller, et alors là... Si on parle de batailles de polochons, ce n’est pas pour rien.

Un stylo. Est-ce dangereux ?

Évidemment. Pour peu qu’il s’agisse d’un stylo-plume, c’est foutu, mais au-delà de ça, un bic planté dans la carotide est le meilleur moyen de détourner un avion pour le précipiter dans une tour quelconque. N’espérez même pas vous en sortir en prétextant qu’il est chargé d’encre vous servirait à écrire : l’arme deviendrait dans ce cas un pistolet de tatoueur. Et les pistolets, ce sont des armes. Cela dit, notez que l’ensemble des instruments d’écolier ne peuvent être acceptés. Ils sont tous pointus, coupants, collants. Des armes de guerre. La preuve, c’est avec ça qu’on équipe l’armée française.

Une petite tour Eiffel en plastique. Est-ce dangereux ?

Vous n’avez donc pas écouté ce que j’ai dit ? Pas d’objet pointu. Il faut le dire en quelle langue ? De toute manière, depuis 2001, l’ensemble des objets contenant la syllabe « tour — » sont interdits. Donc, qu’il s’agisse de tourbe, d’étourneau, de tournesol, de tournevis, de tourte, oubliez-les. De toute manière, si vous êtes un touriste, vous avez peu de chance de monter dans l’avion.

Les ballons de baudruche. Sont-ce dangereux ?

Absolument. La déflagration produite par un ballon peut très bien aider les islamistes à faire des farces dans un avion. Il faut savoir que tout les éléments festifs sont prohibés. Les pétards, pour les mêmes raisons que la baudruche, mais aussi les serpentins, les bougies d’anniversaire qui ne s’éteignent pas, les masques, fausses barbes et autres lunettes fantaisie (Lady gaga n’a jamais pris l’avion de sa vie pour cette unique raison) n’ont pas le droit de citée. Vous n’imaginez pas à quel point les boulettes de papier crépon et autres cotillons sont dangereux.