Alexandre Astier est homme de gageure. Son traitement de la légende du roi Arthur en est un exemple, mais il va bien plus loin avec son one-man-show, « Que ma joie demeure ». Il prend le contrepoint de ce qui se fait de nos jours dans l’humour, en endossant le frac du compositeur Jean-Sébastien Bach. Il cherche à nous faire rire avec la musique classique. Dit comme ça, ce n’est pas gagné d’avance.

 

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Car c’est bien d’un hommage ému à Bach qu’il s’agit. Un hommage à l’homme, au musicien, et à la musique de manière bien plus vaste. Le spectateur est invité à explorer la musique baroque allemande, certes, mais aussi la musique asiatique ou africaine, pour en faire découvrir les rythmes et les harmonies. Pour pousser plus loin l’exigence, Astier tient à nous décrire par le menu le fonctionnement d’un orgue, et la vie de Jean-Sébastien, parsemée par des drames à répétition : maladie aussi inconnue qu’incurable, mort prématurée de dix de ses enfants. Bref, le spectacle pourrait ne s’adresser qu’à des connaisseurs.

 

 

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C’est sans compter le talent d’Alexandre Astier. Passionné par la musique de Bach, il partage son amour, fait connaître le génie véritable, à une époque où tout un chacun est abreuvé par le fond sonore binaire débité par les radios musicales, et où l’on ignore quasiment tout des grands noms du passé.

 

Pour Astier, aimer, c’est aussi faire aimer ; connaître, c’est faire connaître.

 

Le pitch du spectacle est le suivant : chaque année, Bach est contraint de participer à la journée portes ouvertes de l’Église Saint-Thomas en donnant des cours de musique à une assemblée de gueux incultes, plus occupés à se goinfrer de gras de mouton au chaud qu’à écouter les leçons de leur professeur émérite. Bref, des pécores qui n’entravent que dalle.

 

 

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On comprend que le cantor de Leibzig soit bougon, et se présente à l’assemblée en traînant les pieds. Râleur, d’humeur maussade, démotivé par la tâche, il tente, malgré tout de faire connaître les bases du solfège, sans grande réussite.

 

Le résultat : des scènes désopilantes d’échange avec un auditoire mal dégrossi entrecoupées de passages plus graves. L’alternance est bien menée, et l’émotion est aussi présente que la drôlerie, notamment à travers le vocabulaire, toujours aussi imagé qu’emploi Astier depuis Kaamelott.

 

Le résultat de ce travail est humoristique, mais aussi extrêmement intelligent. Il donne à voir autant qu’il donne à réfléchir, et c’est bien là la réussite du spectacle. Le public ne s’y trompe pas, car trois jours de suite, Astier a fait salle comble au Quartz de Brest. Pour les malchanceux qui n’ont pas pu avoir leur place, sachez que le DVD du spectacle est déjà disponible ! Courez le chercher, ça vaut vraiment le coup !